Âme sensible, passe ton chemin.
Ne pas pleurer, ne pas pleurer, ne pas pleurer...
C'est la phrase que je me répétais sans arrêt en courant vers la cuisine avec la mission d'aller chercher le "grand couteau qui coupe bien".
Je courais, avec cet immense couteau, parce qu'elle avait assez souffert comme ça cette brebis mais j'avais la gorge super serrée. Une heure que le Berger tentait désespérément de sortir cet agneau coincé. Et moi, pendant tout ce temps, j'étais là, assise dans la merde, a essayé de soutenir psychologiquement le Berger et cette brebis... si c'est possible qu'elles aient une infime part de psychologie. En tous cas, je lui caressais la tête en lui parlant, ne pouvant pas faire grand chose d'autre. Et peut-être que ça me soulageait à moi surtout.
Ça avait commencé à 19 h 45 quand on était allé à la Bergerie avec les enfants en attendant l'heure d'aller se coucher. Le Berger était en train de les nourrir et moi je les regardais. Et dans la deuxième prairie, celle des brebis pas encore mère, je l'ai vu. Elle avait bel et bien une tête qui lui sortait du derrière.
On est donc parti la chercher, avec beaucoup de difficultés. Elle courait très vite et ne voulait pas rentrer dans la nurserie. On y est finalement arrivé. Et le Berger a entrepris le travail de "fouille"... d'abord il faut savoir qu'une tête qui sort seule, c'est mauvais signe... il faut les pattes avec, sinon les épaules ne passent pas.
Il a donc tenté de remettre la tête et de trouver les pattes... qu'il a bel et bien trouvé. Là on a respiré. Ouf, ça allait le faire. Mais non. Son bassin était définitivement trop étroit... impossible de sortir quoique ce soit de là.
C'est à ce moment là que les enfants ont eu ordre de partir se coucher.
Au bout d'une longue heure, il a fallu prendre une décision : soit la laisser comme ça (elle serait morte dans de grandes souffrances d'une infection le lendemain), soit l'égorger pour abréger ses souffrances.
Le Berger a choisi la deuxième option. Et dieu sait s'il déteste faire ça.
Je suis revenue avec ce grand couteau. Et puis j'ai regardé. Je sais pas pourquoi je voulais regarder. Pour aller jusqu'au bout je pense. En me disant, qu'un jour, je serais peut-être obligée de le faire moi-aussi. Sauf que non. Je ne pourrai pas le faire.
Le sang a jailli et après quelques soubresauts, elle est morte.
Je suis rentrée à la maison et j'ai retenu mes larmes de couler...
Bon désolée pour cet article... pas rigolo. Mais c'est ma vie aussi. Et ce blog est là pour que je me décharge un peu... donc merci d'avoir partager ça avec moi.



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